Le masculinisme au lycée
Je m’appelle Guénolé BOUVET, je suis gérant de l’organisme de formation @[Skills Factory NC : formations et plus encore](urn:li:organization:108742166). À ce titre, je collabore avec des formateur·ices du territoire qui proposent des formations professionnelles. Pour les formations initiales des délégué·e·s à la lutte contre le sexisme, nous intervenons à 2 avec Maud Le Bar (ellelabiencherche.com). Maud Le Bar est spécialisée en lutte contre le sexisme dans les organisations.
Les lycéens sont largement ciblés par les masculinistes.
La semaine dernière, je suis intervenu dans un lycée de Nouméa. La commande était la suivante : sensibiliser les Terminales à la lutte contre le sexisme et au danger du masculinisme.
Au début de l’atelier, je leur ai proposé un sondage anonyme. Une des questions était : « Une femme avec un bodycount élevé, c’est honteux ? » (oui/non). Autrement dit, en langage de vieux : « Une femme qui a eu de nombreux partenaires sexuels, c’est honteux ? ».
On pourrait penser que les temps ont changé, que les anciens clichés ont disparu. La réalité raconte l’inverse. Le double standard est toujours vivace : avoir de nombreux partenaires sexuels – quand on est une femme – c’est mal ; et inversement quand un homme. Les lycéen·nes de 2026 ne sont donc pas si différent·es de celles et ceux des années 60.
Comment est-ce possible ? Comment peut-on encore en être là ? Alors même qu’il s’est passé tant de choses ? → Le mouvement #MeToo, la visibilisation grandissante des personnes LGBTQIA+, la loi sur la parité en 2000, etc.
Nous sommes clairement en plein backlash. Il y a eu des avancées, certes, mais elles semblent avoir effrayé certains ego fragiles qui se sont sentis attaqués dans leurs privilèges.
Dans l’histoire des combats féministes, ces backlashs ont toujours existé. Le droit de vote des femmes a été obtenu de haute lutte et nombreux étaient ceux qui pensaient que laisser voter les femmes était une folie. Les féministes réclament aujourd’hui l’égalité de droit et de traitement ; on leur rit au nez, on les caricature, on leur dit qu’elles sont hystériques, on les renvoie à la cuisine, on continue de les agresser, les violer, les tuer parce qu’elles sont des femmes.
Les lycéens sont donc sexistes. Probablement plus qu’ils·elles ne l’étaient dans les années 2010. Les responsables sont faciles à identifier :
– les dysfonctionnements de la justice, provoqués notamment par le manque de moyens humains et financiers
– l’impunité de certains hommes politiques, qui devraient pourtant être exemplaires, mais qui offrent à voir un spectacle pathétique
– les réseaux sociaux, dans lesquels la parole misogyne s’est répandue à une vitesse folle ; parce que le mouvement masculiniste est financé et organisé.
Dans le sondage que j’ai réalisé la semaine dernière, un lycéen sur deux suit l’influenceur mascu que je leur ai montré en photo. Vertigineux.
Ne soyons pas naïfs : nos ados sont concerné·es. Ils et elles sont encore très influençables. Les youtubeurs connaissent leurs codes. Pour l’argent ou pour les idées, ils s’attaquent aux avancées progressistes de ces 50 dernières années.
Le droit à l’avortement est remis en question. Aux US, c’est même le droit de vote des femmes qu’on questionne.
Le sexisme commence par une blague, une remarque. Il finit par le viol et le féminicide. Les mascus renforcent les violences sexistes et sexuelles en installant une ambiance globale favorable, banalisante.
Le masculinisme s’inscrit dans l’idéologie d’extrême droite. Le masculinisme est mis en avant sur les plateformes. Le masculinisme est dangereux. Il est d’ailleurs désormais identifié comme une menace terroriste. En France, 10 à 20% des actions terroristes d’extrême droite seraient d’origine masculiniste selon la DGSI.
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